Dessous

La fraîcheur vivifiante du mois de mars, prémices des bourrasques

printanières décapent  l’épiderme. Soulevant du sol vers les airs, les dernières couches de gel endorm  i, d’hibernation stagnante. L’humidité continentale glace les os, donne la goutte

au nez. Elle se tapie encore dans chaque ombre projetée dérangée par le moindre souffle de vent. Le paysage, lui, a des accents d’objets bien cernés, fermés et colorés surmonté de nuages

fins et étriqués sur le ciel bleu froid et dur. Dans le proche

arrièreplan,

quand même haut sans

être vaste, mais       plutôt resserré, entassé, sans être encaissé, le pied du massif de montagne. Devant le village comme une image d’

Épinal à froufrous en papier découpé. Ça dit pas grands espaces                     mais l’entrée pour le col est là, en contre-plongée. Le village devant, que jouxte Le gîte. Tout ça bien collé, plus hauts que longs,

3 plans rapprochés comme dans une carte pop-up. Le gîte dans son jus à l’intérieur, son horloge à coucou, le poêle en faïence à l’émail au coloris glauque, aux motifs chantilly, trônant au centre de la pièce d’accueil, ses murs et plafonds lambrissés, les nappes en tissus à carreaux rouges et blancs. Cette stub le royaume du groupe nomin               al de la déco choucroute, temple du démodé mignonnet, le kitsch bavarois.

*Chaque objet circonstancié, la flûte à champagne, la tasse à café, les verres à schnaps en

cristal, les tabourets en                                                      bois avec petit cœur, les cartes des massifs du coin e  n relief, des figurines décoratives, en nombre, en bois peintes à bonnet de gnomes,

des cartes postales derrière le bar style rumpapa avec gros allemand à grosse moustache tirant sur l’autrichien avec costume tradi, des plantes bouturées dans tous les coins dans des bocaux à confiture, des suspensions en macramé beige, une brouettette de décorative à fausses bûches saupoudrées de neige artificielle, une pile de journaux du coin, une autre de magazines de lifestyle allemand pour les seniors de la classe populaire, chemise à carreaux et doudounes sans manche, crocs et binette, panier en osier pour vraies bûches, 3 tables à manger avec leurs doubles banquettes, tout ça dans 15m² sous une hauteur de plafond de 2m10. Autant dire qu’il y a du monde. Par la fenêtre l’arrêt de tramway à 20m, de l’autre côté de la route qui mène du village au centre ville sur notre gauche.

Il est 17h20, on longe la piste cyclable coincée entre la route et la ligne de tram, dos à la montagne, pour descendre vers le centre de Fribourg à 4km d’ici. Le temps d’une marche avant de le repas. On est venu passer le week-end en couple. Un proche nous a offert des bons cadeaux pour le spa. Mais quelque chose ne sonne pas. Différents différends s’accumulent renforçant mes peurs, lui ses envies. Indécision sur indécision, évitements et évaporations. Le lien s’essouffle sans qu’on le saisisse encore vraiment. On marche. On franchit lentement la lisière champêtre, quelques étendues herbeuses devant des sous-bois urbanisés agrémentés de l’autre coté de la route par de spacieux jardins ouvriers. Inconsciemment on s’éloigne, notre entente s’étiole. Morosité, tromper l’ennui. Le gris du béton, sur la route la ligne continue. C’est une languette descendante de 2km, on peut dérouler les jambes détacher ses cheveux. On respire. Un panorama pudique, 50° d’ouverture en contre-bas, une trouée sur de spacieux jardins ouvriers de l’autre côté de la route. On regarde chacun de son côté. On ne se voit plus, tout au plus l’image que l’on a projetée de l’autre, ce qu’il en reste. Peut-être toujours dans les histoires bancales au final. On se laisse se bercer d’illusions chacun, on campe dans nos attentes sans mentir vraiment, séparés de la réalité de l’autre. On finit, non, on continue de vivre dans deux univers différents. Clos. Malgré tout on est content d’être là, on mime le bonheur en silence. Un point de liaison affectif, peut-être addictif ou réconfortant. Juste une frêle accointance le reste du corps et de l’âme pendant dans le vide mordus par le froid de la fin d’hiver. Sur notre droite, les tramways défilent tranquillement. J’aime bien leur aspect, les rames étroites aux couleurs franches, leur style films des années 50. Dans le flottement tenter d’accrocher son regard sur quelque chose qui se passe. Alimenter le foyer du plaisir. Peine perdue. Un chien qui court après son joujou retient mon attention, j’esquisse un sourire pâle. Des futilités, à moitié. Ça souffle le tiède, la mollesse d’un mauvais ralenti. Tenter de briser le silence pour se rapprocher puis, finalement dire une banalité. Laisser le vent dissoudre l’instant. En toile de fond, un mix entre une peinture d’Hopper et une de la jeunesse d’Hockney. L’isolement. Puis on s’absente.

La balade, elle, est jolie. Les abords résidentiels, les vieux quartiers un cossus, des villes allemandes avec les cours et la végétation, sont toujours un plaisir pour les yeux. On se sent réconforté. Quelque chose d’indéfinissable que j’aime. Comme une idée importante qui traîne encore, qu’il reste à découvrir, à réaliser. Pas le confort. Quelque chose dans la lumière de l’éclairage public et individuels avec les végétaux, les entreprises, une diversité d’habiter et de vivre encore manifeste à la différence des habitudes de vie urbaine française actuelle. En Allemagne, tout est en général plus spacieux qu’en France, moins étriqué même la pensée. Je m’y sens bien dans mon corps. Ne parlant pas allemand, j’ai toujours cette sensation étrange d’être dans un pays anglo-saxon. J’aime beaucoup ça. Être à l’étranger.