La Discothèque
Je suis allée chez Pierre Durr voir sa collection de disques vinyles et CD dans son appartement avec l’envie d’écrire un texte sur l’organisation de celle-ci.
Un coup d’un œil machinal et languide sur le fil d’actualité de ce vieux réseau social, mon regard accroche furtivement un post. Et je lis, « J’ai toujours rangé les livres de ma bibliothèque ‘par capillarité’ […]. », sur le fil d’actualité de Julien D’Abrigeon (pour plus d’infos : https://tapin2.org/d-abrigeon-julien). Par capillarité… Imaginer des chapelets d’idées, de mots qui s’agglutinent, qui s’imbibent ou transpirent entre eux, passant outre les pages, traversant les matériaux, émanant le papier. Dissolvant l’objet pour chuchoter dans la tête du rangeur.
Collant au plaisir de la collection intime et personnelle. Émergent//Immergent. Mycélium bruissant de la rencontre, des ponts des pistes entre les imaginaires créés, écrits. Des symbioses entre œuvres, une méta-vie, les feux follets tangibles des univers de l’imaginaire. Nébuleuse sensitive ou feux d’artifices des vues de l’esprit. Une aura cérébrale et spirituelle organisée. La création ça a toujours dépassé l’objet. Répandue outre. Elle sourd. Bye-bye l’objet ? Ça transpire, se diffuse. Virus ou Effluve. Ça se transporte sur un support comme le LSD. Incarnée dans une essence pas dans un objet // Ranger de la substance en organisant la présence d’objets.
Une collection. A quoi ressemble un appartement de 76m² abritant une collection de 3500 vinyles, de 15000 CD et environ 200 cassettes de musiques expérimentales. J’ai envie de voir ça en quantité mise en œuvre. Il ne s’agit pas d’une FNAC, ni d’un disquaire, pas d’un produit, mais plutôt de l’ensemble d’une passion. plus qu’une distro à proprement parler. Même si c’en est une. La musique expérimentale et moi : des lacunes, très peu de références… Faut dire aussi que j’aime pas « parler de », « parler sur ». Quand j’écoute un son ou de la musique, mon seul intérêt d’intellect : savoir comment la personne s’y est prise… Pas par soucis technique simplement pour savoir le refaire si j’en ai besoin.
Zéro fan attitude. Zéro souvenir de concert. Zéro anecdote de groupe. Y’en a ils en savent long comme le bras sur tel artiste, sur les Références Essentielles, les incontournables du genre, capable d’enchaîner les dates de sorties d’albums, les anecdotes sur les artistes aussi bien que les dates clés, les moments charnières de leurs phases de réalisation, Les mouvements du musicien pendant tel concert… Saliver les théories, les évènements mis à jour et être capable de les ranger, par et avec des mots dans des catégories convenues. Cette sorte de fascination enthousiaste, c’est pas moi. je préfère tout simplement mettre à jour en silence.
Je me souviens avoir travaillé pendant une soirée à accueillir le public pour un des derniers concerts d’Enio Morricone au Zénith à Strasbourg. Au moment où l’orchestre a entamé la musique du Professionnel, j’ai dit à ma voisine « Tiens c’est la pub Royal Canin » (« Respecter un chien c’est connaître sa vraie nature ») ! Voilà pour la justesse de mes mots en société, je flotte plus dans le goût pour l’anecdote, pour l’approximation et le dernier degré que dans la référence ou l’Histoire de l’héritage culturel de l’histoire. Inculte. Là j’ai envie de voir à quoi ça ressemble une passion déployée dans l’espace d’un appartement.
Je vais chez Pierre Durr
L’immeuble situé dans la Neustadt de Strasbourg donc construite sous l’Empire allemand quand la ville était germanique. Bâtiments de style wihlemien, whielemein, wilhemien enfin guillaumesque, de généralement 3-4 étages avec des façades symétriques, des ornements scultpés, des toits mansardés et des balcons en fer forgé. La caractéristique de ces constructions tient dans leur style néo-qqch, enfin néo-un peu tout, (renaissance, gothique, byzantin, classique, roman), genre de salade architecturale complète, fantasme fascisant premium sublimant une gloire retrouvée incarné dans leur matériau, leurs volumes et leur confort. Faits avec la pierre (de taille ?), (de la pierre pas dure ?), locale le grès rose des Vosges, les murs extérieurs s’effritent quand même en petits conglomérats de sable à cause de l’humidité agressive permanente.
Les apparts construits à cette époque sont de loin mes favoris dans cette ville marais : belle hauteur sous plafonds et moulures, grandes fenêtres et ouvertures lumineuses, un sol en dur avec parfois de beaux carreaux de ciment dans la cuisine et pièces d’eau. Du plancher, signe d’un parquet disparu ou jamais installé, dans les pièces à vivre. Ça tremble pas quand on marche. Ça grince pas chez le voisin du dessous. On habite chez soi. Le chauffage central avec radiateurs en fonte et eau courante à tous les étages. Une pièce pour le garde-manger (certes moins spacieux que celui de Sarouman) attenant à la cuisine avec une porte et qui donne souvent à l’extérieur pour ventiler les denrées. Salle de bain et toilettes à l’allemande avec baignoire et WC dont le petit rebord permet de vérifier la qualité de son bol alimentaire. Les communs comportent généralement un ascenseur et de très belles cages d’escaliers, parées d’élégants carreaux de faïence. Les volées d’escalier, souvent en partie recouvertes par un tapis cossu, elles, sont agréables à monter pour les premiers étages, avec des marches larges robustes mais pas très hautes. Je monte à l’étage devant la porte.
Chez Pierre
De l’extérieur Pierre est très discret, ni du genre à se mettre en avant ni à accaparer toute la place dans une discussion. Réservé, je dirais introverti. Plutôt petit, un certain âge, les cheveux blancs un peu dégarni mais à la fois ébouriffés, bien portant, d’une bonhomie douce, habillé tout en noir l’air un peu grunge mais avec une sacoche en cuir quand on le croise dans la rue. Une personne qui porte plus d’importance à ce qu’elle fait qu’à ce qu’elle met. Comme je suis d’un naturel pudique et très réservé sous mes dehors altruistes et très sociables, je passe du temps à écouter les personnes faire les choses. Je les observe sans en avoir l’air, en regardant ailleurs. Comme ça que je sens ce qu’elles disent d’elles, ça me parle plus que de traduire en mots ou en parler. Je suis un peu nulle pour ça, la présence physique d’un être humain me stresse de façon systématique. J’aime bien observer Pierre, il se déplace tout en bonhomie, et il apprécie que je sois là sans le dire. Je le ressens dans son sens de l’accueil et ça me fait plaisir.
Salon, atelier, petit sofa, chaise de bureau
Avec les mots
Frontalement en bonne néophyte, je lui pose la question «s’il s’est toujours intéressé aux musiques expérimentales? », il me répond que c’est un terme un peu trop fourre-tout à son goût, un mot facile. Il se rend plutôt curieux aux choses qui sortent de l’ordinaire
A l’intérieur et vers les autres/ Pierre, c’est 41 ans de radio sur RBS (Radio Bienvenue Strasbourg une des premières radio FM en France) avec Intramusiques une émission en direct qu’il a fondée avec deux accolytes. Elle était et reste dédiée aux musiques expérimentales, inconnues, mal diffusées (comprendre peu diffusées), alternatives, underground, étranges avec des choses « diverses, déjantées, moelleuses ou stridentes, cahotiques ou éthérées »* http://eurojournalist.eu/intramusiques/
Initialement d’un format de trois heures, elle est encore diffusée chaque dimanche de 10h à 11h et compte encore à peu près 40 émissions par ans. Sa biographie sur le site de la radio le présente à la fois comme « le vétéran » et « la mémoire de la radio », un des seuls encore présent. Si à l’origine les racines de la radio baignaient dans le punk et la new wave, la fréquence a opéré un virage radical vers le hip-hop//electro dans les années 90 et Intramusiques peut faire figure d’OVNI sur la station.
Intra-Musiques se décline. D’un côté d’un label encore vivant et de l’autre de feu un fanzine paru gratuitement entre 1983 et 1987 sur les « musiques d’avant-garde : jazz, improvisation, electro, new-wave, indus, rock progressif… » encore trouvables sur les internets. Pierre publie aussi régulièrement des chroniques dans Revue & Corrigée, des textes écrits à travers un prisme d’historien : une écriture sans emphase basée sur des analyses d’impression appuyées par des faits, des noms, des accointances, des références, en rapport avec son emploi d’enseignant d’histoire-géographie. Il me dit qu’il s’attache aux détails concernant le déroulé historique : les modalités de ce qui ce fait en pratique, comment ça marche en rapport à l’économie…
Une analyse amateure plus qu’une perspective de musicologue. Il me parle aussi du fonctionnement des envois de fanzines et de revues comme R&C, des problèmes rencontrés à cause de la refonte de procédés à La Poste, l’augmentation démentielle du prix du timbre et la disparation peu à peu de l’envoi en nombre. Pour ses chroniques, il me dit que les artistes lui envoyaient avant les maquettes ou qu’il dialoguait avec les musiciens pour les recevoir, qu’aujourd’hui au plus simple tout se fait en numérique.
Une passion démarrée à l’adolescence vers 72-73, avec l’achat des premiers vinyles à 18frs et 24frs, à raison de 2 ou 3 par mois. Le tout premier : Double Blanc des Beatles -indubitablement un de ses groupes préf-, suivi de l’achat de disque de Pink Floyd puis des Who. Pour ses groupes favoris ou style, ça se sépare en deux filons d’un côté le Krautrock, le ‘psyché choucroute’ (allez savoir pourquoi j’ai toujours du mal avec les expressions en allemand même si celle-ci est quelque peu ironique), avec ses groupes favoris Can et Faust, de l’autre le mouvement Rock In Opposition porté en réf par Chris Cutler jouant aussi dans Henry Cow.
Il me dit qu’il a déjà vu The Residents une paire de fois en 70, 2010, 86 à Nancy et à Bâle d’après ce que j’ai noté. Je doute un peu de mes propres notes car j’ai aussi noté le nombre 40 à côté des dates…
Niveau festivals que ça soit pour le label avec la distro ou pour ses propres oreilles, il me parle des festivals locaux l’institutionnel Musica, Météo, Jazzdor, Musique Action, puis des plus loin Festival Mimi à Marseille. Il parle de Fragment, Jazz à Luz Saint-Sauveur cru 2014, puis les crus 2009 à 2014 encore.
Concernant l’origine de sa passion, est-elle curiosité ou transmission, je me pose toujours cette question. Qu’est-ce que la famille transmet culturellement ; ça, certainement depuis que j’ai fréquenté des écoles d’art et des personnes avec un bagage culturel de famille naturel et décomplexé. Pour illustrer, mon père niveau musique il est fan de Johnny Hallyday et de Dorothée (probablement aussi la pub Royal Canin)… Y’a de quoi avoir peu de chance dans la vie. Toujours est-il que Pierre me dit que c’est une passion mue par une curiosité née by itself.
Il me parle tout de même d’un héritage de disques familiaux, appartenant à ses parents, constitués d’une 30aine de 45 tours et de 33 tours allemands de Schlager genre qu’il apprécie sans plus. Comment ne pas évoquer en Alsace ce courant ôh combien populaire qui, s’il peut passer inaperçu dans le reste du monde recense et catalogue pourtant à la louche plus de 300 artistes (rien que sur Wiki) dont des famous chanteurs alsaciens Biréli Lagrène, Roger Siffer…
Le Schlager met en joie le samedi soir dans la voiture sur les ondes de SWR2, SWR3 ou 4, jsais pu bien ; permettant inconsciemment d’appuyer systématiquement sur le champignon, dans une sorte de drôlerie incontrôlée et automatique et de rires contagieux. Pour les curieux https://www.swr3.de/index.html
Intra-musique le fanzine c’est 16 numéros sortis à 2000 exemplaires gratuitement entre 1982 et 1987. Diffusé grâce un climat politique propice de l’époque et à la présence de Maurice Fleuret à la direction de la danse et de la musique au ministère de la Culture de 1981 à 1986, avec la mise en place de la loi de décentralisation de 1982 ; et à qui, on doit entre autre, avec la concertation d’autres, la mise en place de la fête de la musique. Ce fanzine s’arrêtera après les restrictions de budget et les coupes de subventions de la DRAC avec l’arrivée d’un gouvernement de droite sous le mandat Mitterrand, Chirac premier ministre. Le dernier numéro d’Intra Musique a bien tenté de survivre en devenant payant. Pierre conserve encore des typons d’impression en souvenir. Il en reste d’ailleurs encore des exemplaires disponibles. A trouver sur La Fanzinothèque ou sur Intra Musiques directement. https://fanzinotheque.centredoc.fr/index.php? lvl=bulletin_display&id=9156
Pierre m’a parlé d’organisation d’une dizaine de concerts durant cette période avec l’aide de ses comparses de radio ou participant à Intra Musiques, au café concert L’Ange d’Or, rue des Orphelins qui se métamorphosera plus tard en festival Jazz d’Or ?! (Si ma mémoire est bonne et que j’ai noté les bonnes informations). Ce sont aussi des concerts au théâtre du Maillon Hautepierre, aujourd’hui transformé, d’autres au Palais des Fêtes accueillant notamment Pierre Henri ou Urban Sax. Puis quelque chose que je ne déchiffre pas dans le fatras des pattes de mouche de mes brouillons, je devine simplement saxophone Versailles, occupation espace, Parlement européen, 82. Je vous laisse remettre l’évènement dans l’ordre. Les derniers concerts datent de 1985 et ont été organisés avec l’asso féministe La Lune Noire proposant 3 groupes sur 3 semaines. Et là j’ai loupé l’anecdote croustillante, j’ai mal pris les notes et un peu oublié. Après cela, 4-5 personnes resteront dans le label. Aujourd’hui celui-ci compte une dizaine d’adhérents si j’ai bien relu.
A la porte d’entrée²
Dans l’appartement de 76m² occupé par Pierre depuis 1975 Le couloir
Les pièces sont flanquées en enfilade sur la droite le long du couloir, Cuisine, salle de bain, WC, chambre ou WC, salle de bain, chambre je ne sais plus l’ordre d’organisation des pièces… La lumière du dehors y rentre par trouée en brique de verre. Tout au fond, se trouve la principale : le bureau-salon.
Le mur gauche du couloir est habillé sur toute sa longueur par des étagères supportant des disques et des livres -ceux à proprement parler de la distro, de la maison de disques- le tout rangé dans des cartons déchirés (comme la tendance du hard discount maintenant étendu à toute la grande distribution). Sur les étagères, en plus du stock de la maison de disque, trônent en rayonnage 2000 BD et autres livres.
Il me semble me rappeler que ça court jusque derrière moi dans la cuisine dans des cartons, sur des chaises. En revanche je me souviens très après avoir jeté un œil dans la cuisine avoir remarqué que la vaisselle ça vient après sa passion pour la musique. Sans être pour autant Shanghai, enfin sans qu’il n’y ait de laisser aller.
Sur l’étagère distro, explicités ici en vrac des numéros papier de Revue & Corrigée, des exemplaires d’Intra-musiques, puis des livres : un support sur Don Cherry, le Guillaume Kosmicki les Compositrices : histoire oubliée de la musique, ainsi que d’autres ouvrages des éditions Le Mot et le Reste… Dans un petit brouhaha visuel.
BAC à vente, Video Aventure. J’adore que les étagères sont remplies à la fois de babioles, de petits objets, de morceaux de papiers griffonnés, d’une fine couche de poussière, de diffuseurs de parfum. Tous les objets du quotidien prennent place par-dessus, à côté et entre les les disques. Ils les surmontent, les chevauchent.
Des figurines en peluches, d’autres bribes qui semblent comme des tous petits fétiches. Une forme d’inachèvement et d’attachement sentimental qui racontent une vie. Pierre me dit que la vie dans l’appart peut sembler parfois oppressante. Visiteuse de passage, je m’y sens bien, se dégage une atmosphère d’atelier, un lieu de vie dans lequel on fait une activité qu’on aime.
Le salon²
Le bureau-salon-pièce à vivre-atelier habillée tout le long des trois murs aveugles par des étagères noires, du sol jusque bientôt au plafond. Ca fourmille d’une multitude de rectangles étroits de 7 mm sur 120 et de 3mm sur 330, même entre les deux vitres de l’autre pour accueillir les 3500 vinyles et 15000 CD, 200 cassettes. Moquette au sol, un petit sofa deux places, des choses éparses sur la table basse du salon dont les derniers disques arrivés qu’il n’a pas encore eu le temps d’écouter.
De disques, l’appartement en est rempli. Je me fais d’ailleurs la remarque en allant au petit coin : les waters sont la pièce la plus dégagée donc la plus spacieuse en largeur et au m² : on peut tourner et faire des pas de côté. Pas de présence de disques ni d’autres objets.
Chose étonnante pour une construction allemande cette pièce n’est pas un parallélépipède, mais une forme de trapèze déployée dans l’espace plus large à l’entrée que dans le fond. Si on hiérarchise, d’abord les murs, ensuite les étagères, puis les disques, devant les disques, les petits objets trouvent une place : des morceaux de papiers, des badges, des cassettes, des vieilles ampoules, des fèves de galette… Le tout par endroit, recouvert d’une fine couche de poussière.
Le classement des disques se structure par le référencement des musiques découpées par zones géographiques avec une vingtaine de régions représentées soit par pays « Allemagne, etc. », région de culture « anglo-saxon », zone plus floue « Afrique ». Se superpose un rangement par genre pour les musiques contemporaines où il arrive qu’un disque d’un artiste canadien se retrouve. Il me dit aussi que le plus dur à classer ce sont les compils qui restent dans un « Coin Compil » à part. Je remarque avec un petit sourire qu’il a l’habitude de coller une étiquette avec son nom sur chacun des ouvrages qu’il rentre dans sa collection.
1996, création d’une base de données, il a mis un an pour tout enregistrer dans un fichier. Il m’explique qu’il référence plusieurs choses : le nom du groupe ou celui du compositeur, le nom de l’album, le label, la référence dans le label, puis le pays (l’internationalité), qu’il a ensuite une façon de classer, pour le rangement numérique, par année de sortie, mois d’achat, puis il glisse diverses notes quand compil, quand nom de groupe, quand groupe… Sa hantise : les personnes qui empruntent et rangent mal.
Lui rendant visite à deux reprises, je le vois évoluer dans son espace, utilisant l’escabeau trois marches qui commencent à être juste, parce qu’il va falloir remonter d’un étage pour accueillir les prochains albums. Pour les étagères achetées chez Ikea ou chez Glorious, fabrication maison ou sur mesure.
Avec l’agrandissement de la collection le bureau a voyagé dans le salon à plusieurs reprises. Maintenant il trône au milieu de la pièce, faisant dos à la fenêtre et face aux étagères. Il est occupé par un ordi, lui-même sur deux lecteurs DVD enfin si j’ai bien vu, et à côté d’une platine vinyle, et si je ne confonds pas avec une autre petite table.
Il jouxte sur la droite la table basse et le canapé deux places sur lequel je suis installée avec mes feuilles et mon stylo bic pointe fine. Toujours est-il que de créer une sorte d’ilot central avec le bureau lui a permis d’y appuyé un autre mur d’étagères moins hautes que les hautes, mais d’agrandir la surface de rangement.
En sus des disques et cassettes, j’ai aussi remarqué des disquettes en haut à gauche sur l’étagère du mur du fond derrière le sofa et, peut-être si ma mémoire ne me joue pas des tour un mini-disc, mais il est possible que j’affabule avec mon goût pour les contes.
Les pièces de collections
Frontalement je lui demande s’il a des pièces de collection qui valent le coup d’œil. Plus fin ou parce qu’il a compris que les pièces de valeur seront celles pour lesquelles j’ai de l’intérêt, Pierre se renseigne discrètement sur ce à quoi je pourrais être sensible. Il ne collectionne pas pour montrer le spectaculaire mais pour partager et transmettre. Je lui dis que j’ai fait des loooooongues études d’arts visuels et que j’aime la poésie (sonore). Il me propose trois pistes différentes qu’il sort au fur et à mesure. En un, il me montre les disques (CD) de DDAA (Déficit Des Années Antérieures) parce que justement ce sont aussi des artistes issus de l’univers des Beaux-Arts, que donc ils conçoivent le design de leur pochette eux-mêmes. Souvent en style DIY notamment pour Bruit Son petit Son pour lequel le boîtier, composé de deux morceaux de balsa, dont une surmontée par une sérigraphie noire ‘1 passage’ qui compose la face de la pochette.
Boîtier deux tranches, fermé et retenu par un boulon. On est dans le disque-objet d’artiste un peu comme il existe la catégorie « livre d’artiste ». J’apprécie que leurs disques foisonnent de feuillets volants imprimés, d’images, de dessins, d’illustrations, de textes courts, stickers ou autres sortes de minis goodies. J’ai toujours aimé ce qui dans l’art se dissémine babillant un peu foutraque fait main et qui parle en sous-texte de l’inachèvement. Ensuite, il me montre les CD de Terje Isungset Ice concerts, Winter songs et Hibernation, ces objets sont plus le résultat du production industrielle chiadée, ça me rappelle le livret de la pochette d’Enigma, Le roi est mort, Vive le roi ! Parce qu’imprimée sur feuille de plastique transparente. Pour Isungset, les carrés de plastique qui viennent surligner des visuels imprimés blanc-bleuté présentent des découpes géométriques évoquant l’univers aquatique à l’état solide et glacé.
Ils disent le son de la glace, des instruments faits de glace. Il y a un souci du sens esthétique « épuré » évident. Je suis assez sensible à cette forme de lutherie, même si ce n’est pas révolutionnaire en soi, ça fait écho au travail plus ludique de Max Van Der Vorst (plus la beauté d’abord), celui de Between Music en moins spectaculaire mais tout aussi performatif et quelque part le poiein des œuvres de Pierre Berthet. Ca fait paysage devant mon esprit.
La dernière chose que Pierre Durr me montre ce sont des compils de poésie sonore où l’objet fabriqué a toujours son importance tout en me faisant écouter des pièces de Jaap Blonk, dont le babillage et les pièces originales sensibles me mettent en joie à l’intérieur comme une enfant. Où ma bouche commence à vouloir en écho produire de petits bruits jubilants.
On écoute aussi son interprétation de l’Ursonate de Schwitters, avec ce côté cérémoniel du bien faire qu’ont souvent la musique expérimentale ennuyante et la poésie sonore proprette bien installée dans sa salle avec le public tout silencieux. Je regrette un peu les espaces, salles, sales et bruyantes, mais ni humides ni froides. Le côté solennel d’une pièce, d’une œuvre va pas lui conférer de la valeur artistique mais juste du sérieux. Souvent un amalgame se fait entre les deux. Se prendre au sérieux… Pierre me fait remarquer que Blonk est déjà venu jouer à Strasbourg au MAMC et au Hall des Chars.
Je fais un écart vers la littérature qu’il aime, il cite Bukowski, Lodge, Evangelia de David Toscana paru chez Zulma qu’il est en train lire dont il aime que le personnage central de l’intrigue, le sauveur soit une femme, une sauveuse.
En vrac, les bribes des reste de notes rattachée à rien ou floue dans ma mémoire laissant des lacunes évocatrices : Jean Jacques Birger, regret Anne Gillis, 2018. Olivier Mason pour Revue & Corrigée, création, film pour la revue. Envoyer un truc à Bordeaux. Cassette laïus. Un drame musical instantané. Mi-mai, mi-juin sortie. Les doublons du bac. Emission en portugais depuis le départ de RBS. Le chant du mammouth. Faire des cassettes pour les voyages scolaires en bus. Interview John Lennon Antenne2 1972. Hardzoï : Thierry Zaporiev, brochure. Le souffle continu et éditeur allemand. Merle Koch//Polite Koch. Floh de Cologne. 30 à 35trucs par mois. 140-170 téléchargements, maintenant une 40aine par trimestre. Fournisseur Saint-Etienne, référence dépôt. (USA, anglais, NZ, Australie) Cassiber//Robert Wyatt. Phil Minton = écoute gourmet. Friandise. Frioule, Alpilles, intémpéries, camping étang des eaux, jour annulé bateau. Acid Mother Temple. Albert Marcoeur.